Culture contemporaineActualitésÀ six mois de la présidentielle, Jean-Marc Jancovici et le Shift Project publient un livre pour protéger les Français face aux crises

Un commun accord13 octobre 20268 min

Envolée des prix à la pompe, tensions géopolitiques et sociales, été de tous les records… Le Shift Project publie un nouveau plan pour préparer l’économie française à faire face aux crises actuelles et à venir. Électrification massive des transports, du chauffage et de l’industrie, production d’électricité bas-carbone –nucléaire ET renouvelables –, maîtrise de notre consommation d’énergie : les conditions de réussite du prochain quinquennat sont connues, et doivent être mise en œuvre d’urgence, avec à la clé de nombreux bénéfices pour l’économie, dont la création de centaines de milliers d’emplois. Réussir à l’ère des crises : Un plan robuste pour l’économie française sort le 14 octobre aux éditions Odile Jacob.

Pétrole, gaz, électricité, voitures, logements : le nouveau plan du Shift Project fixe les ordres de grandeur auxquels les programmes présidentiels devront répondre.

Le Shift ne soutient aucun candidat. Il les confronte tous à la réalité. Les programmes sont-ils compatibles avec les ressources disponibles ?

Chaque promesse de campagne doit pouvoir répondre à des questions incontournables sur sa réalisation : avec quelle énergie ? Avec quels matériaux ? Avec quels travailleurs ? Avec quelles infrastructures ?

Pandémie. Blocage du détroit d’Ormuz. Guerre aux portes de l’Europe. La France vient de passer six ans à encaisser des chocs que personne n’avait planifiés. Le prochain quinquennat en connaîtra d’autres.
C’est pour protéger la France et les Français de ces crises que le Shift Project propose un plan de sortie du pétrole et du gaz qui fonctionne malgré les perturbations extérieures ou intérieures. Bref, un plan robuste !

En ingénierie, la robustesse désigne la capacité d’un système à fonctionner en toutes circonstances. Un train à grande vitesse, une centrale nucléaire ou un avion de ligne doivent continuer à marcher « quoi qu’il arrive ». Il en va de même pour l’effort de décarbonation enclenché par la France : il doit être mené avec ambition, coûte que coûte, quels que soient les chocs auxquels seront confrontés les secteurs de l’économie (transports, industrie, numérique,
agriculture, etc.).

Plus la France dépend des hydrocarbures importés, plus elle expose ses ménages et son économie aux prix et aux crises qu’elle ne maîtrise pas.
Chaque pompe à chaleur qui remplace une chaudière à gaz met un ménage à l’abri du prochain choc gazier. Chaque voiture électrique qui remplace une voiture thermique met un ménage à l’abri du prochain choc sur l’essence et le diesel.
Trump et Poutine ont les armes de la puissance : le pétrole et le gaz. Sortir des fossiles n’est donc pas seulement une politique climatique. C’est une politique de protection économique et géopolitique pour regagner en souveraineté. La baisse de notre consommation d’énergie fossile aura lieu. La seule question est de savoir si elle sera organisée ou subie.

Pouvoir continuer à se déplacer quel que soit le prix du baril : le Shift met notamment en avant la nécessité et la possibilité de faire émerger en Europe une voiture électrique populaire à moins de 15 000 € hors aides.

Des factures énergétiques mieux maîtrisées avec des logements moins dépendants du gaz et du fioul. La rénovation et le remplacement des chaudières fossiles réduisent durablement la consommation d’énergie et l’exposition aux fluctuations des prix des hydrocarbures.

Des métiers pour bâtir l’avenir : sortir des énergies fossiles nécessite une transformation profonde de notre économie et donc des centaines de milliers de personnes à former et à recruter pour avoir les bonnes compétences au bon endroit au bon moment. Dans le bâtiment, le nucléaire, le ferroviaire et de nombreux autres secteurs, la contrainte n’est pas seulement énergétique : elle est aussi humaine et industrielle.

  1. Électrifier, partout où c’est possible : généraliser la voiture électrique sobre, les camions électriques, et les pompes à chaleur pour les bâtiments : ces trois chantiers à eux seuls permettent d’abattre un tiers des émissions de CO2 actuelles.
  2. Produire de l’électricité bas-carbone : pour électrifier massivement il nous faut produire plus d’électricité : nucléaire ET renouvelables. Prolonger le nucléaire historique, lancer le nouveau nucléaire, mais aussi déployer l’éolien terrestre et en mer, et le photovoltaïque.
  3. Maîtriser notre consommation d’énergie : les quantités d’énergie bas-carbone seront limitées, il faut donc limiter aussi notre consommation. Comment ? En déployant le vélo, les transports en commun du quotidien, le train, la rénovation thermique des bâtiments, en réduisant d’un tiers le trafic aérien et en maîtrisant le déploiement du numérique et en particulier de l’IA.
  4. Réduire les émissions de gaz à effet de serre qui viennent de l’agriculture : réduction des cheptels et déploiement des légumineuses, pour limiter notre dépendance aux engrais de synthèse et accroître la production de protéines bas-carbone. Selon notre consultation auprès de 8 000 agriculteurs (2024), la quasi-totalité d’entre eux veulent changer leurs pratiques à condition d’être soutenus financièrement.
  5. Préserver les puits de carbone naturels : dans le secteur agricole, il faudra sanctuariser les prairies permanentes (grands réservoirs de carbone et de biodiversité) et déployer massivement les pratiques stockantes (haies, couverts végétaux…). Il sera aussi nécessaire d’adapter les forêts et l’agriculture au changement climatique en diversifiant notamment les essences d’arbres, et d’adopter une gestion des forêts durable, en privilégiant les usages locaux et long terme pour le bois.
  6. Renforcer l’industrie française pour décarboner les procédés et assurer qu’elle soit au service de la décarbonation et robuste aux chocs : il faudra en particulier développer des filières à grande échelle pour l’hydrogène, le recyclage de l’acier ou la capture du carbone.
  7. Prioriser les usages essentiels pour les Français : électricité, eau, cuivre ou foncier : les ressources essentielles à la décarbonation étant limitées, il faut s’assurer qu’elles soient disponibles pour répondre aux besoins essentiels de la population (production alimentaire, déplacements quotidiens, chauffage, santé…). Parce qu’on ne pourra pas tout faire, certains usages énergivores comme les centres de données devront être maîtrisés.
  8. Anticiper les besoins en emplois dans les secteurs clés de la décarbonation : électricité bas-carbone, transports en commun, rénovation des bâtiments… À l’inverse, certaines activités comme le transport aérien ou le fret routier vont voir leurs effectifs se contracter. Il faut donc anticiper dès maintenant ces profondes mutations du monde du travail, donner de la visibilité aux acteurs économiques pour qu’ils identifient leurs besoins en emploi et en compétences, prévoir les formations adaptées, et faciliter les reconversions.
  9. Tenir compte des spécificités territoriales : les leviers ne sont pas les mêmes partout ! La planification nationale ne peut pas ignorer l’échelon local. Il faut mettre à disposition, dans le temps, les moyens organisationnels, techniques et financiers nécessaires à la résilience des territoires. Et renoncer dès maintenant aux projets incompatibles avec un monde décarboné.
  10. Et enfin, faire face à l’incertitude avec lucidité. Ce que nous savons avec certitude, c’est que les prochaines décennies auront leur lot de crises et de perturbations. Il nous faudra donc sécuriser notre transformation malgré ces chocs : mener tous les chantiers avec des objectifs un peu plus ambitieux que nécessaire, avoir des plans B, C ou même D pour tenir nos objectifs de décarbonation, diversifier les options pour réduire les risques d’échecs, et savoir trancher et arbitrer, même si cela peut parfois se révéler difficile.

« Un programme qui promet de préserver notre niveau de vie sans expliquer avec quelle énergie, quels matériaux et quels travailleurs il compte le faire n’est pas encore un programme : c’est une promesse. »

« Le pétrole et le gaz vont baisser, que cela nous plaise ou non. La seule question, c’est de savoir si nous organisons cette baisse ou si nous la subissons. »

  • D’ici 2050, la production de pétrole des pays fournisseurs de l’UE devrait être divisée par deux. Et puisque ces pays garderont une part pour leur consommation domestique, l’exportation de pétrole vers la France devrait être divisée entre 2 et 10
  • 45 % des logements dépendent encore du gaz ou du fioul
  • L’Union européenne importe plus de 95 % de son pétrole et environ 90 % de son gaz
  • plus de 50 % des usages numériques français sont hébergés dans des centres de données à l’étranger
  • Voitures et camions électriques, pompes à chaleur : ces trois chantiers à eux seuls permettent d’abattre un tiers des émissions de CO2 actuelles.

Le Shift Project continue son travail de terrain, soutenu par 36 000 donateurs particuliers Le Shift Project poursuit ses consultations auprès des agriculteurs, des élus, des acteurs de la santé et de l’automobile. Ses travaux sectoriels sur l’alimentation, la défense, le textile, la santé et les transports se poursuivront jusqu’en 2027 et au-delà.

Le livre : Réussir à l’ère des crises : Un plan robuste pour l’économie française, éditions Odile Jacob, en librairie le 14 octobre 2026. Il prend la suite du Plan de transformation de l’économie française, vendu à 120 000 exemplaires depuis 2022.

Le livre sera présenté au public le mardi 14 octobre lors d’un Live sur YouTube.


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