ActualitésAnimaux sauvagesIncendies de cet été : il devient impératif pour les collectivités d’intégrer les animaux dans leurs plans de gestion des catastrophes

Céline Sissler-Bienvenu4 septembre 20264 min

C’est un été hors normes auquel les populations ont fait face, qui a démontré, images médiatiques à l’appui, combien la dimension animale passait trop souvent sous les radars des autorités, mobilisées pour éteindre les incendies et sauver les populations en danger.

S’il est encore trop tôt, voire impossible, de chiffrer le lourd tribut payé par les animaux sauvages et domestiques aux incendies, les pertes sont catastrophiques et l’habitat de nombre d’entre eux durablement détruit.

Experte internationale de la protection animale lors de catastrophes, Céline Sissler-Bienvenu constate que les difficultés de gestion des animaux qu’elle avait identifiées lors des catastrophes aux plans local et national en France s’avèrent exactes ! Les animaux de compagnie, d’élevage et sauvages, pourtant eux aussi directement exposés aux conséquences des catastrophes, y sont encore trop souvent laissés pour compte.

C’est cette prise de conscience qui l’a menée à fonder Planimalia consulting, la première agencede conseil spécialisée dans l’intégration de la dimension animale dans les stratégies et pratiques de résilience face aux catastrophes. Avec ce message : anticiper ces risques et intégrer les animaux et leur bien-être dans la gestion des catastrophes constituent un levier essentiel de résilience collective.

Elle était aux premières loges des incendies cet été dans les Landes. Elle a échangé avec de nombreux acteurs (associations de protection animale, élus locaux, sapeurs-pompiers, vétérinaires, centres de soins à la faune sauvage, services institutionnels) tous confrontés aux enjeux complexes de la prise en charge des animaux en situation d’urgence. Son constat est clair : face à l’ampleur de ces crises, les animaux restent encore insuffisamment intégrés aux dispositifs de prévention, d’évacuation et de secours. Cette impréparation menant parfois à des situations particulièrement difficiles à gérer.

Face aux besoins identifiés sur le terrain, elle a proposé la mise en place d’un postevétérinaire avancé afin d’accueillir et stabiliser les animaux, notamment sauvages, pour améliorer leurs chances de survie lors de leur transport vers les centres de soins spécialisés. Mais malgré l’urgence de la situation, la mise en œuvre de ce dispositif s’est heurtée à des délais administratifs et à des difficultés de coordination entre les différents acteurs, alors même que, dans une situation de crise, chaque minute compte.

Animées par la volonté de porter secours, de nombreuses associations et personnes volontaires ont convergé vers les incendies pour venir en aide aux animaux. Mais cette mobilisation, lorsqu’elle intervient sans cadre opérationnel clairement défini, sans coordination avec les secours, et sans dispositif permettant de stabiliser les animaux avant leur transport vers les centres de soins, peut rapidement atteindre ses limites, jusqu’à perturber l’action des sapeurs-pompiers.

Autre enseignement de terrain : les vétérinaires sapeurs-pompiers et les sapeurs-pompiers secouristes animaliers disposent de compétences et de moyens particulièrement adaptés à la prise en charge des animaux en situation de crise. Pourtant, leur mobilisation dans la réponse aux incendies observés cet été n’a pas été systématique. Or, pour Céline Sissler-Bienvenu, ces acteurs doivent être activés dès le début de la catastrophe et pleinement articulés avec les autres intervenants, afin de construire une réponse animale coordonnée, sécurisée et efficace.

Aujourd’hui forte de ces enseignements, Céline Sissler-Bienvenu poursuit son travail etaccompagne les acteurs publics, privés, associatifs et les particuliers à anticiper, planifier et agir face aux crises de manière inclusive, en intégrant pleinement les animaux dans les dispositifs de prévention, de préparation et de réponse. Car protéger les animaux, c’est aussi contribuer à la résilience des territoires.

Pour l’experte, il est désormais impératif d’anticiper et de préparer les prochaines catastrophes afin de limiter les pertes animales et leurs conséquences humaines, économiques et sociales. Lorsqu’une catastrophe frappe, la perte de bétail ou d’animaux de travail entraîne une précarisation durable des communautés, en particulier dans les zones rurales ou les territoires à faibles ressources. Pour de nombreux ménages agricoles, cette perte signifie la disparition brutale de leur source de revenus principale.

Les enjeux sont également sanitaires et environnementaux. Animaux blessés, morts ou errants peuvent favoriser l’émergence ou la propagation de maladies zoonotiques, perturber les écosystèmes locaux et créer des situations de crise secondaire qui compliquent la phase de récupération qui suit la catastrophe.

C’est pourquoi Céline Sissler-Bienvenu œuvre à l’intégration de la dimension animale dès la conception d’un Plan Communal de Sauvegarde, d’un plan de continuité d’activité ou bien encore d’un dispositif humanitaire d’urgence, structurant ce travail autour d’actions concrètes :

  • L’évaluation des risques spécifiques auxquels les animaux sont exposés selon les territoires
  • L’intégration de protocoles animaux dans les plans d’urgence et de continuité d’activité
  • La coordination multi-acteurs
  • La formation et la sensibilisation des décideurs, élus, agents territoriaux et intervenants d’urgence aux enjeux de protection animale en situation de catastrophe
  • La préparation logistique

Si la protection des animaux en situation de catastrophe est souvent perçue comme une question purement émotionnelle, elle constitue, en réalité, un enjeu politique, stratégique et économique pour les territoires. Les travaux des Nations Unies sur la réduction des risques ont mis en évidence le retour sur investissement de la préparation des populations :  chaque dollar investi à cet effet permet d’éviter 7 dollars de pertes et de coûts lors de la catastrophe et de sa phase de récupération. Pour l’experte, cette même logique doit désormais être appliquée à la dimension animale.

Les politiques publiques qui intègrent la dimension animale renforcent la confiance des populations envers les institutions et leur capacité à protéger l’ensemble des composantes du territoire. Elles améliorent la coordination des acteurs en créant des synergies entre secteurs traditionnellement cloisonnés. Elles s’inscrivent dans une vision durable et responsable de la gestion des risques, conforme aux attentes sociétales croissantes. Enfin, elles permettent aux territoires d’anticiper les évolutions réglementaires qui se développent progressivement au niveau européen et international.

Crédit photo : ©V. Isaeva


Céline Sissler-Bienvenu
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