Comment une praticienne québécoise a transformé un geste banal en moment d’amour, et fait du respect des animaux jusqu’à leur dernier souffle une cause internationale.
Aujourd’hui, la grande majorité des Français considèrent leur animal comme un membre à part entière de la famille. La douleur ressentie à sa disparition est réelle, intense, parfois aussi vive que celle d’un deuil humain. Pourtant, ce chagrin reste encore trop souvent tu, minimisé, presque invisible. C’est précisément ce silence qu’une vétérinaire, Céline Leheurteux, a choisi de briser, en commençant par un geste très concret : redonner de la dignité au tout dernier instant.
Pendant plus de vingt ans, Céline Leheurteux a exercé la médecine vétérinaire au Québec. Comme toutes les équipes soignantes, elle a accompagné d’innombrables familles dans le moment le plus difficile : celui de l’au revoir. Mais une chose lui était devenue insupportable : déposer un animal aimé dans un simple sac plastique. « Cela n’honorait ni la confiance que les familles m’accordaient, ni mon rêve d’enfant de devenir vétérinaire », confie-t-elle. À l’époque, il n’existait tout simplement aucune alternative digne sur le marché. Derrière ce sac se cachait surtout un angle mort de toute la profession : presque rien ne préparait les vétérinaires à accompagner la fin de vie et le deuil, ni les familles, ni eux-mêmes.
En 2016, elle crée donc EUTHABAG, une housse mortuaire pensée pour les animaux. Digne, solide, étanche et fabriquée à partir de matières 100 % recyclées, elle protège le corps du compagnon tout en respectant sa mémoire. Trois mots résument son intention : « Partir avec dignité ».
Mais concrètement, à quoi sert cette housse sur le plan technique ? L’euthanasie repose sur le pentobarbital, un barbiturique très stable qui demeure présent dans le corps après la mort. En cas d’enterrement, ce produit peut s’infiltrer dans le sol et l’eau, y persister des années, et intoxiquer les animaux sauvages ou domestiques qui entreraient en contact avec la dépouille. Une housse étanche aux fluides corporels contient ces écoulements, protège le sol et l’eau et réduit ce risque. C’est pourquoi elle est pensée aussi bien pour la crémation que pour l’enterrement : le corps peut y être crématisé ou inhumé.
Sur le plan pratique, il faut mesurer ce que vit l’équipe vétérinaire. Déposer dans un simple sac plastique un animal que l’on vient d’euthanasier, souvent un patient suivi pendant des années, est un geste éprouvant, qui pèse lourd sur le personnel soignant. La housse change ce quotidien : solide, dotée de poignées pour porter et transporter le corps sans manipulation hasardeuse, elle remplace le bricolage de dernière minute par un geste sûr, simple et digne. Surtout, elle a été pensée par une amoureuse des animaux pour les amoureux des animaux, avec une mission claire : améliorer l’expérience de l’euthanasie pour l’équipe, l’animal et sa famille.
Mais c’est sur le plan émotionnel que tout se joue. Dans la plupart des établissements, déposer l’animal dans un sac reste un geste caché, accompli une fois la famille sortie de la salle. La housse renverse cette logique : les proches peuvent rester, y inscrire un prénom ou un dernier mot, et même la fermer eux-mêmes. Ce geste n’a rien d’anodin, il symbolise la fin d’un chapitre et amorce en douceur le travail de deuil. La famille garde un souvenir plus apaisé et le sentiment d’avoir protégé son compagnon jusqu’au bout. Pour une clinique, offrir cette présence, c’est élever le standard du dernier adieu.
Dix ans plus tard, cette intuition est devenue un standard international. La housse est aujourd’hui utilisée dans plus de 5 000 cliniques, à travers 35 pays et au sein d’une vingtaine d’écoles vétérinaires. Près de cinq millions de housses ont déjà accompagné autant d’animaux vers leur dernier repos. Fidèle à ses valeurs, l’entreprise reverse 1 % de son chiffre d’affaires à des association œuvrant en bien-être animalier ou en à la conservation de l’environnement.
Mais Céline Leheurteux ne s’est pas arrêtée à l’objet. Le manque de formation dont elle avait elle-même souffert, elle a voulu y remédier. Elle a créé une plateforme de formation en ligne, gratuite et accessible partout dans le monde, pour aider les équipes vétérinaires à mieux vivre ces moments et à mieux accompagner les familles. En parallèle, elle porte cette conviction sur les scènes des conférences internationales : la fin de vie animale mérite autant de douceur et de compétence que tout le reste du soin.
Son combat rejoint un mouvement de fond. En France, le deuil animalier sort peu à peu de l’ombre : des plateformes d’accompagnement émergent, et certains employeurs reconnaissent même un jour de congé pour la perte d’un animal. Reconnaître ce chagrin, c’est reconnaître la place réelle de nos compagnons dans nos vies. C’est aussi accepter une idée simple : un être aimé mérite de partir entouré de respect, « comme si c’était le nôtre ».

À propos de l’auteure
Céline Leheurteux est médecin vétérinaire depuis 1999. Fondatrice et PDG d’EUTHABAG, conférencière et formatrice internationale, elle est une pionnière de l’accompagnement en fin de vie animale et du bien-être des équipes vétérinaires.

Céline Leheurteux
Médecin vétérinaire depuis 1999.
Fondatrice et PDG d’EUTHABAG,
Conférencière et formatrice internationale



