Numéro 23EthologieCBD et comportements : que peut-on vraiment en attendre chez l’animal ?

Audrey Besegher15 avril 20265 min

Le CBD, ou cannabidiol, est une substance naturellement présente dans le chanvre, une variété de la plante Cannabis sativa. Cette plante contient plus d’une centaine de molécules appelées cannabinoïdes, dont les deux plus connues sont le THC et le CBD. Le THC est responsable des effets euphorisants et « planants » du cannabis. Le CBD, lui, n’entraîne pas d’effet de ce type et est souvent associé à des propriétés apaisantes, anti-stress et anti-inflammatoires. En Europe, une plante de chanvre est considérée comme légale si elle contient moins de 0,3 % de THC. En France, la culture et l’utilisation des variétés Cannabis sativa L. sont autorisées depuis un arrêté de décembre 2021, à condition que ce seuil soit respecté. Les produits à base de CBD sont donc légaux pour l’usage humain. Pour les animaux, la réglementation est plus floue : même si l’on trouve de plus en plus d’huiles et de friandises au CBD pour chiens et chats, aucun cannabinoïde n’est officiellement autorisé comme additif dans l’alimentation animale. Leur utilisation reste donc tolérée mais pas encore clairement encadrée par la réglementation.

En France, l’usage du CBD chez les chiens et les chats reste encore modéré, mais se développe. Selon une étude scientifique récente menée auprès de propriétaires français d’animaux, environ 29 % des propriétaires de chiens et 13 % des propriétaires de chats déclaraient avoir déjà donné du CBD à leur animal. Ces chiffres étaient plus bas que dans certains pays comme les États-Unis ou le Canada, mais ils montraient que la pratique n’était pas marginale. Le CBD était principalement utilisé pour deux grandes raisons : le comportement (anxiété, agressivité) et la douleur. Un point important ressortait également : lorsque le vétérinaire abordait le sujet ou le recommandait, les propriétaires étaient beaucoup plus enclins à essayer le CBD. Ces résultats suggèrent que, malgré un cadre encore flou, le CBD est déjà perçu comme un outil de soutien du comportement et du confort animal en France.

Chez le chien comme chez le chat, le corps possède un système biologique appelé système endocannabinoïde. Ce système, que l’on retrouve aussi chez l’être humain, joue un rôle clé dans le maintien de l’équilibre interne de l’organisme, ce que l’on appelle l’homéostasie. Il intervient notamment dans la régulation de la douleur, de l’inflammation, de l’immunité, mais aussi des émotions et du niveau de stress. Il fonctionne grâce à des messagers naturels produits par le corps et à des récepteurs situés dans le cerveau, le système nerveux et de nombreux organes. Il peut aussi interagir avec des molécules d’origine végétale appelées phytocannabinoïdes, dont fait partie le CBD. En théorie, le CBD pourrait agir en soutenant ce système de régulation, l’aidant à mieux remplir son rôle lorsque l’animal est soumis à un stress chronique, à une douleur persistante ou à une inflammation. En favorisant un meilleur équilibre de ces signaux biologiques, le CBD pourrait ainsi contribuer à diminuer l’inconfort, à apaiser certaines réactions excessives et à améliorer la capacité de l’animal à gérer ses émotions, ce qui se refléterait par un comportement plus calme et plus stable.

Ces dernières années, plusieurs études scientifiques se sont intéressées à l’utilisation du CBD chez nos amis à quatre pattes. Les résultats restent encore limités, mais certaines tendances commencent à se dégager. Plusieurs travaux suggèrent que le CBD pourrait avoir un effet sur des comportements liés au stress, à l’anxiété et aux peurs, en particulier chez le chien. Cependant, ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Les études disponibles portent souvent sur de petits groupes d’animaux, utilisent des protocoles différents et reposent parfois sur des observations rapportées par les propriétaires. À ce stade, il n’est pas possible d’affirmer avec certitude que le CBD constitue une réponse directe aux difficultés comportementales, mais plutôt un outil de soutien potentiel, dont les effets semblent variables selon les individus et les situations.

Parallèlement, la recherche sur le CBD chez l’animal s’est également intéressée à d’autres domaines, comme la douleur chronique, l’arthrose ou l’épilepsie, qui figurent parmi les champs d’étude les plus avancés à ce jour. Ces travaux, bien que prometteurs, restent eux aussi en cours d’évaluation. De manière générale, la majorité des études se sont concentrées sur la tolérance et le métabolisme du CBD, plutôt que sur son efficacité clinique à long terme.

Les chercheurs s’accordent donc sur un point essentiel : si le CBD présente un intérêt scientifique croissant, notamment pour le comportement, il reste encore largement en cours d’évaluation. Des études plus larges et mieux contrôlées seront nécessaires pour savoir précisément dans quels cas, et à quelles doses, le CBD peut être réellement bénéfique pour les animaux.

Le CBD suscite aujourd’hui un intérêt croissant dans le domaine du comportement animal, en particulier pour les situations de stress, d’anxiété ou de peurs. Les premières études scientifiques suggèrent un potentiel effet apaisant, et de nombreux propriétaires rapportent une diminution des signes de stress. Cependant, il est essentiel de rappeler que les comportements dits « problématiques » sont très souvent le reflet d’une inadéquation entre l’animal et son environnement : manque de stimulation, routine inadaptée, stress chronique, changements de vie ou difficultés relationnelles. Avant d’envisager toute administration de CBD, une réflexion sur l’environnement, les besoins fondamentaux et l’accompagnement comportemental de l’animal est indispensable.

Dans ce cadre, le CBD peut trouver sa place comme outil complémentaire, en soutenant l’équilibre émotionnel, mais il ne remplace jamais une prise en charge globale. Il ne remplace ni l’éducation, ni l’enrichissement du milieu de vie, ni le suivi vétérinaire, mais peut, lorsqu’il est utilisé avec discernement, contribuer à améliorer le confort et la qualité de vie de l’animal, tout en renforçant le lien entre l’animal et son entourage.


Audrey Besegher
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Doctorant en éthologie
Université Paris Nanterre

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