ActualitésAnimaux sauvagesRégulation du gibier : enfumage, entre-soi, déni de démocratie. Les non-chasseurs sont dupés

Des citoyens non chasseurs18 mars 202614 min

La chasse n’existe que s’il y a du gibier ! Depuis 1950 les chasseurs agissent pour la reproduction du grand gibier suite à la disparition du petit gibier. A compter de 1789, lorsque la chasse plaisir du Roi est devenue plaisir des propriétaires fonciers, il est constaté une raréfaction de certains gibiers, la prolifération de certaines espèces, une augmentation des dégâts et indemnisations et une contestation citoyenne. La saison cynégétique 2025-2026 n’échappe pas à la règle : explosion du nombre de sangliers, des dégâts agricoles, des dépenses publiques et des mises en danger des tiers non-chasseurs.

La régulation du gibier imposée en contrepartie de la chasse-loisir n’est pas respectée, l’équilibre agro-sylvo-cynégétique est inexistant. Cette situation oblige à une régulation administrative, soi-disant exceptionnelle, de plus en plus fréquente y compris pendant la période d’ouverture de la chasse !

Les conséquences d’un dysfonctionnement systémique créé et entretenu par les chasseurs, partie prenante de toutes les décisions relatives à la chasse, pénalisent les non-chasseurs avec, de surcroît, un déni de démocratie.

La chasse-loisir :

La chasse c’est le plaisir de tuer du gibier. Le président de la fédération nationale des chasseurs est très clair : “Tu penses qu’on est là pour réguler? Mais t’as pas compris que, pour nous, c’est une passion? T’as pas compris qu’on prend du plaisir dans l’acte de chasse? Tu crois qu’on va devenir les petites mains de la régulation? Mon métier, ce n’est pas d’être chasseur. J’en ai rien à foutre de réguler…”.  [1]

Un chasseur a demandé la réparation du préjudice pour “perte de loisirs et de plaisir”.[2]

Ce qui intéresse les chasseurs c’est le plaisir, la régulation n’est pas leur priorité. La régulation, obligation des chasseurs, est devenue une contrainte alors ils ne vont plus à la chasse par plaisir. [3]

La fédération nationale des chasseurs a un slogan : Pas de chasse sans gibier.

Le gibier :

La chasse sans limite a conduit à la raréfaction du petit gibier (lièvres, lapins, faisans, perdrix, grives, etc…) aggravée par la disparition des haies notamment liée au remembrement (réorganisation des territoires pour faciliter l’exploitation agricole). L’élevage du petit gibier ne compense pas la disparition du petit gibier sauvage !

Pour continuer le plaisir de la chasse, les nouvelles cibles ont été le grand gibier (sangliers, cervidés, etc…) et par conséquent sa prolifération depuis les années 1950. Les sangliers étaient rares alors des élevages ont été créés. [4]

Le cerf, disparu des forêts françaises, a été réintroduit. La réserve de Chambord permet de capturer les cervidés vivants (100 cerfs et biches par an) pour les réintroduire sur d’autres sites. [5]

Les chasseurs se félicitent de l’augmentation de leur grand gibier. [6]

La chasse n’est plus naturelle, c’est du trafic légal d’animaux sauvages par l’élevage et les lâchers.

L’équilibre agro-sylvo-cynégétique obligatoire :

Le code rural précisait : en contrepartie de prélèvements raisonnés sur les espèces dont la chasse est autorisée, les chasseurs doivent contribuer à la gestion équilibrée des écosystèmes. [7]

Le code de l’environnement définit l’équilibre agro-sylvo-cynégétique : il consiste à rendre compatibles, d’une part, la présence durable d’une faune sauvage riche et variée et, d’autre part, la pérennité et la rentabilité économique des activités agricoles et sylvicoles. Il est recherché par la combinaison des moyens suivants : la chasse, la régulation, la prévention des dégâts de gibier.[8]

Depuis les années 1970, le nombre de sangliers a été au moins multiplié par 20 en France. Il suffit de chasser une femelle de moins pour avoir 6 petits en plus, la surpopulation est liée au milieu qui nourrit (cultures à gibier, agrainage, etc…).

Parmi les dispositions du schéma départemental de gestion cynégétique (opposable) figurent obligatoirement les dispositions permettant d’atteindre l’équilibre agro-sylvo-cynégétique. [9]

Les Plans de chasse :

Ils sont demandés par les chasseurs et validés par la fédération après avis des autorités concernés : chambre d’agriculture, ONF, association départementale des communes forestières et délégation régionale du Centre national de la propriété forestière. Ils fixent le nombre d’animaux à tuer afin d’assurer l’équilibre agro-sylvo-cynégétique du territoire intéressé. [10]

Le territoire de chasse minimal est souvent fixé d’un seul tenant de 10 ha de bois ou 50 ha de plaine ou combinaison des deux sur la base du ratio 5 ha de plaine valant 1 ha de bois. Le quota à tuer est basé sur les comptages d’animaux vivants effectués par les chasseurs eux-mêmes. C’est en ce moment pour la prochaine saison 2026-2027.

Indemnisation des dégâts :

La chasse-loisir a fait proliférer le grand gibier à partir des années 1950. Les dégâts ont augmenté, les agriculteurs ont multiplié les demandes contentieuses d’indemnisation. La loi de finances de 1968 a tenté d’apaiser la situation en créant la procédure d’indemnisation non-contentieuse à condition que les agriculteurs renoncent à leur droit de chasser librement le grand gibier sur leurs terres pour limiter les dégâts aux cultures.

Le dispositif particulier d’indemnisation des dommages causés aux récoltes par le grand gibier et les sangliers a été institué en contrepartie de la suppression du droit d’affût des agriculteurs, afin de permettre une gestion rationnelle des grands animaux. Ce dispositif législatif, faisant appel à la contribution financière des chasseurs, repose sur un consensus entre agriculteurs et chasseurs. [11] Tout cela, au prétexte d’une meilleure gestion par les chasseurs ! Des lois ultérieures ont confié aux fédérations ces responsabilités de gestion financière.

Les fédérations des chasseurs ne cessent de demander plus de responsabilités et de gestion, elles les obtiennent mais le résultat attendu n’y est pas !

Augmentation exponentielle de la population de sangliers liée à la volonté des chasseurs de garder du gibier à tuer pour l’avenir, à la chasse aux trophées, à l’agrainage devenu nourrissage annuel, aux cultures à gibier. [12]

Les chasseurs ne veulent pas réduire la prolifération des sangliers, ils le disent eux-mêmes dans le Rapport parlementaire d’un député-chasseur et d’un sénateur-chasseur : «Les fédérations des chasseurs ne souhaitent pas une réduction sensible des populations de sangliers qui provoquerait une nouvelle chute du nombre de porteurs de permis. Elles en redoutent les conséquences financières et politiques avec la perte d’influence du monde cynégétique, déjà attaqué sur plusieurs fronts.».[13]

En 2025 c’est le même constat d’échec que précédemment, rien ne change :

Les conséquences sur les montants d’indemnisation des dégâts agricoles sont importantes et les agriculteurs sont mécontents des diminutions d’indemnisations et des nouvelles contraintes imposées. [14]

Certains maraîchers bio sont doublement pénalisés : refus des battues administratives préfectorales et difficultés avec la FDC pour les clôtures préventives, avec entente entre chasseurs et l’Etat pour diminuer les indemnisations pour les cultures bio !

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/le-maraicher-poursuivi-pour-des-violences-sur-un-expert-a-ete-relaxe-par-le-tribunal-de-blois-1664892637

Certains contestent les élevages et lâchers de sangliers. [15]

Les agriculteurs engagent des procédures contentieuses de plus en plus souvent. [16]

La Cour d’appel de Toulouse rappelle en 2025 que la fédération des chasseurs à une obligation d’équilibre agro-sylvo-cynégétique et que la victime peut engager une procédure contentieuse basée sur l’article 1240 du Code civil même en ayant initié une procédure d’indemnisation administrative. [17]

Les opérations de régulation administrative sont de plus en plus fréquentes. Les battues administratives sont demandées par les agriculteurs mécontents du résultat des chasseurs, par des maires confrontés à la présence de sangliers en zones urbanisées, dévastant stades et jardins publics, explosant les vitrines des commerces, par des habitants inquiets des risques de collisions routières, des dégâts dans les jardins privés et des charges de sangliers.

Les battues administratives sont sous le contrôle des lieutenants de louveterie. L’instruction ministérielle les concernant précise aux préfets qu’ils ne peuvent prescrire des battues d’une manière permanente ou autoriser par un seul et même arrêté un très grand nombre de battues successives, qui reviendrait à donner une délégation de pouvoir aux lieutenants de louveterie.

Le nombre et la fréquence des battues administratives interrogent : l’administration pallie les carences de la chasse-loisir ce qui revient à la cautionner et au maintien du système actuel : encore plus de chasse et plus d’argent public !

Le Rapport parlementaire de 2019 confirme la complicité de l’Etat dans la prolifération du gibier.

Chasse-loisir ou destruction administrative, c’est de l’entre-soi entre chasseurs, agriculteurs, forestiers et l’Etat qui tous en bénéficient et font perdurer ces dérives.

Un passant tué par un ricochet :

https://actu.fr/normandie/gaillon_27275/eure-un-sanglier-abattu-en-ville-le-riverain-touche-par-un-eclat-de-balle-est-mort_60492774.html

Une enfant chargée par un sanglier :

https://www.midilibre.fr/2026/03/13/a-nimes-le-sanglier-attaque-une-petite-fille-qui-etait-sur-sa-balancoire-puis-le-chien-du-proprietaire-qui-tente-de-la-defendre-13270871.php

Une battue qui se termine en ville :

https://www.change.org/p/p%C3%A9tition-non-%C3%A0-la-chasse-aux-abords-des-habitations-et-des-%C3%A9coles-de-cesson

Des mises en danger :

Des animaux de compagnie piégés agonisant dans des souffrances inacceptables

https://piegeage.association-oiseaux-nature.com/petition

Des dépenses publiques sans effet : 80 millions d’euros versés aux chasseurs depuis mars 2023 pour réduire la population de sangliers et diminuer les dégâts agricoles : un échec, l’Etat complice. [18]

Une politique coûteuse et inefficace de destruction des « nuisibles ». [19]

Les chasseurs ont le culot de demander aux non-chasseurs de payer les dégâts de gibier ne pouvant plus faire face à la situation qu’ils ont créée. Mais le Conseil constitutionnel leur dit non : c’est aux seuls chasseurs d’indemniser les agriculteurs. [20]

Les chasseurs ont aussi le culot de prétendre que les zones non chassées sont responsables de la prolifération des sangliers : routes, zones urbaines, propriétés privées interdites à la chasse alors qu’ils sont les seuls responsables de cette situation.

Entre sécurité publique et régulation administrative, les décisions des maires sont délicates, leur responsabilité engagée. [21]

La population de sangliers ne baisse pas, on a bien compris pourquoi, et c’est le public qui en subit les conséquences.[22]

75.000€ à la charge des contribuables dans une commune.[23]

Des maires s’interrogent sur l’indemnisation des dégâts aux biens des collectivités et des particuliers, l’indemnisation non-contentieuse étant réservée aux seuls exploitants agricoles. [24]

D’autres maires, chasseurs, doivent rendre des comptes à la justice.

https://www.oisehebdo.fr/2026/03/09/president-chasseurs-oise-guy-harle-dophove-tribunal/

Etre élu oblige à un devoir d’exemplarité.

https://www.bfmtv.com/bfm-dici/chateauroux-les-alpes-le-maire-et-son-fils-condamnes-a-de-la-prison-avec-sursis-pour-braconnage_AN-202406060576.html

La chasse est un loisir encadré par la loi qui oblige les chasseurs à la responsabilisation collective, la régulation, l’indemnisation et la sécurisation des tiers. L’obligation d’équilibre agro-sylvo-cynégétique n’est pas respectée avec la complicité de l’Etat défaillant dans son contrôle et participant au maintien du système.

Les chasseurs responsables du déséquilibre agro-sylvo-cynégétique ont le culot de vouloir encore plus de chasse et plus d’argent public et réclament d’autres missions comme les« chasseurs vigilants » alors qu’ils sont défaillants dans leurs missions actuelles.

Les chasseurs se présentent comme la seule solution au problème qu’ils ont eux-mêmes créé. On ne peut rien attendre d’eux. Les non-chasseurs victimes se doivent de réagir, notamment par les procédures contentieuses y compris pour les dégâts de gibier. En effet, collectivités et particuliers peuvent demander réparation à la fédération des chasseurs manquant à ses obligations, sur le fondement non pas de l’article L.426-1 du code de l’environnement réservé aux agriculteurs mais sur celui de l’article 1240 du code civil.


[1]https://rmc.bfmtv.com/replay-emissions/les-grandes-gueules/on-a-du-plaisir-dans-l-acte-de-chasse-la-phrase-polemique-de-willy-schraen-sur-la-regulation-sur-rmc_AV-202111100549.html

[2]https://www.lechasseurfrancais.com/chasse/pas-de-perte-de-plaisir-liee-a-linterdiction-de-tirer-le-chevreuil-103966.html

[3]https://www.lindependant.fr/2025/12/28/on-ne-va-plus-a-la-chasse-par-plaisir-cest-devenu-une-contrainte-le-ras-le-bol-des-chasseurs-de-laude-face-au-poids-de-la-regulation-du-sanglier-13127845.php

[4]https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/caf93053050/les-sangliers

[5]https://www.chambord.org/fr/histoire/le-milieu-naturel/la-gestion-du-parc-de-nos-jours/

[6]https://www.francebleu.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-pays-d-auvergne/les-60-ans-de-la-reintroduction-du-cerf-dans-les-forets-de-haute-loire-4718721

[7]https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006582254/2000-07-27

[8]https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000029595751/2026-03-15

[9]https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000029594856/2026-03-16

[10]https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039737955/2026-03-14

[11]https://www.senat.fr/questions/base/1999/qSEQ990516489.html

[12]https://www.fdc60.fr/culture-a-gibier-et-jachere-faune-sauvage/

[13]https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Rapport-Perea-Cardoux_degats-grand-gibier-chasse_mars2019.pdf

[14]https://www.coordinationrurale.fr/nos-cr-locales-actualites/provence-alpes-cote-dazur/mauvaise-gestion-de-la-fdc-83-agriculteurs-doublement-victimes/

[15]https://conf07.fr/2020/02/10/la-confederation-paysanne-de-lardeche-au-tribunal-pour-defendre-les-paysannes-face-a-des-pratiques-illegales-entretenant-la-surpopulation-des-sangliers/

[16]https://www.lexbase.fr/article-juridique/60632856-br–A8ves-dommages-caus–A9s-r-une-exploitation-agricole-par-du-grand-gibier-droit-de-l-E2aoexploitant-d-E2

[17]https://www.courdecassation.fr/decision/68709b78123db6632de31688

[18]https://www.banquedesterritoires.fr/missions-de-service-public-des-federations-de-chasseurs-la-cour-des-comptes-denonce-le-manque-de

[19]https://www.vie-publique.fr/en-bref/302371-destruction-des-animaux-nuisibles-une-politique-inefficace

[20]https://www.francebleu.fr/infos/agriculture-peche/le-conseil-constitutionnel-a-tranche-les-chasseurs-devront-continuer-a-indemniser-les-agriculteurs-1642783541

[21]https://www.ville-cesson.fr/8-864/actualites/fiche/arrete-chasse.htm

[22]https://actu.fr/societe/val-doise-maire-sinsurge-contre-chasse-sangliers-dans-une-foret_262802.html

[23]https://france3-regions.franceinfo.fr/pays-de-la-loire/maine-et-loire/angers/insolite-les-sangliers-interdits-de-foot-sur-la-pelouse-du-stade-d-une-petite-commune-du-maine-et-loire-2721798.html

[24]https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-d-ici-matin-ici-drome-ardeche/alexandre-faure-maire-de-vernon-et-membre-de-la-communaute-de-communes-pays-beaume-drobie-8361424


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