L’isolement social n’est plus un simple enjeu social, mais une véritable question de santé publique. Invisible, progressif, il fragilise durablement les individus, dans les territoires ruraux comme au cœur des institutions médico-sociales.
Les chiffres sont sans équivoque. En France, plus d’un tiers des personnes de plus de 60 ans ne sort pas de chez elle quotidiennement. Deux millions de seniors vivent en situation d’isolement, dont 750 000 dans une solitude aggravée, selon le baromètre de Les Petits Frères des Pauvres. Mais l’isolement ne concerne pas uniquement les personnes âgées : 12 % des Français de plus de 15 ans se déclarent socialement isolés, et 24 % souffrent d’un sentiment de solitude, avec une prévalence particulièrement marquée chez les 25–39 ans, d’après les données 2024 de la Fondation de France.
Un facteur de risque sanitaire désormais établi
Les conséquences de l’isolement sur la santé sont aujourd’hui largement documentées. Une étude publiée en 2023 par les services de santé américains (Our Epidemic of Loneliness and Isolation) montre qu’un lien social faible ou insuffisant est associé à une augmentation de 29% du risque de maladies cardiovasculaires, de 32% du risque d’accident vasculaire cérébral (AVC), ainsi qu’à une hausse significative des troubles anxieux, dépressifs et des troubles cognitifs.
Ces données rejoignent les constats français. Les baromètres récents de Santé publique France indiquent que si la prévalence de l’anxiété est restée relativement stable depuis 2017, celle des épisodes dépressifs caractérisés a fortement augmenté, passant de 9,8% à 13,3%, avec une hausse particulièrement marquée chez les jeunes adultes et chez les personnes vivant seules, en particulier les femmes.
Plus récemment encore, une vaste étude coréenne publiée en 2025 (Suicide Risk and Living Alone With Depression or Anxiety) a confirmé à grande échelle le lien entre solitude, troubles psychiques et risque suicidaire. Les personnes vivant seules et souffrant à la fois de dépression et d’anxiété présentaient un risque de suicide multiplié par plus de cinq, un risque particulièrement élevé chez les hommes et les personnes d’âge moyen.
La médiation par l’animal : recréer du lien là où il s’est distendu
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’action de Les Sourires d’Hindi. Fondée en Janvier 2025 dans la Drôme, Les Sourires d’Hindi est une association de médiation par l’animal qui intervient en milieu rural auprès de publics vulnérables. Accompagnés par des animaux médiateurs spécifiquement sensibilisés et formés, les intervenants utilisent la relation homme-animal comme levier pour lutter contre l’isolement et recréer du lien social.
La médiation par l’animal repose sur une relation triangulaire entre une personne, un animal médiateur et un intervenant. L’animal n’est pas un simple support d’activité, mais un facilitateur de relation. Sa présence encourage la communication et recrée du lien social ; elle est aussi un puissant levier de motivation dans les soins, stimulant les fonctions cognitives et les capacités physiques, en particulier la motricité fine et globale.

Aller vers les personnes isolées, plutôt que l’inverse
Le fonctionnement itinérant de l’association constitue un levier essentiel. En intervenant directement au sein des structures médico-sociales et communes rurales, Les Sourires d’Hindi répond à une réalité de terrain : les personnes les plus isolées sont souvent celles qui ne peuvent plus se déplacer.
Les séances instaurent des temps repères, attendus, qui rompent la monotonie du quotidien et recréent une dynamique relationnelle, tant individuelle que collective.
Remettre l’humain au cœur du soin
Dans des institutions fortement structurées par des protocoles, des contraintes organisationnelles et des exigences de traçabilité nécessaires, la médiation par l’animal joue un rôle fondamental : elle remet l’humain au centre.
Le temps de la séance devient un espace à part, où la personne n’est plus seulement un patient ou un résident, mais un individu singulier, reconnu dans ses émotions, sa capacité d’interaction et sa place dans la relation.
Une réponse humaine à un enjeu collectif
La médiation par l’animal ne remplace pas les soins médicaux classiques : elle les accompagne. Elle s’inscrit en complémentarité des prises en charge existantes, en renforçant leur dimension relationnelle, motivationnelle et humaine, souvent fragilisée par la solitude et la standardisation des parcours de soins.
Dans un contexte où l’isolement progresse plus vite que les réponses institutionnelles, elle apparaît comme une voie crédible et nécessaire. Elle rappelle que la santé ne se limite pas aux soins techniques, mais qu’elle se construit aussi dans la relation, l’émotion et la reconnaissance de l’autre.

et sa chienne Hindi à qui le projet rend hommage

Isabelle Courtes
Présidente de l’association Les Sourires d’Hindi
Intervenante en médiation par l’animal



