ActualitésAnimaux domestiquesLévriers 2026 : comment la loi avance quand l’adoption recule ?

Laura Ilhe26 janvier 20265 min

L’année 2026 s’ouvre sur un contraste troublant. D’un côté, des textes ambitieux voient le jour pour encadrer ou faire disparaître les courses de lévriers. Aux États-Unis, le Greyhound Protection Act poursuit son avancée législative. Au Pays de Galles, l’intention d’interdire les courses de lévriers a été annoncée fin 2025.

En Espagne même, une loi ambitieuse sur le bien-être animal a été adoptée en 2023, présentée comme une avancée majeure… mais aussitôt critiquée pour son périmètre et ses exceptions, comme les chiens de chasse notamment. Cette exclusion, négociée avec le lobby de la chasse pour obtenir le vote du texte, vidait la loi de son essence. Sur le papier, la loi progresse, mais elle laisse des trous.​

De l’autre côté, en France, les associations de sauvetage lancent un cri d’alarme bien différent : les refuges sont saturés, les adoptions stagnent, et les délais s’allongent. La loi progresse, mais les chiens attendent toujours. Comment en est-on arrivé à ce paradoxe ?

En France, la fin de la saison de chasse espagnole (début février) génère chaque année une vague d’abandons de Galgos et de Podencos. Les associations françaises, parmi lesquelles Lévriers sans Frontières (fondée en 2008, environ 1 000 adhérents, 30 familles d’accueil), se sont mobilisées pendant des années pour les récupérer, les soigner, et les placer en foyer. Ainsi, l’association Lévriers Sans Frontières, à elle seule, a permis plus de 3 000 adoptions depuis 2008.​

Mais, aujourd’hui, en 2026, ce système montre ses limites. Selon une étude conjointe de la SPA et de la fondation Affinity publiée en 2025, un peu plus de 38 000 animaux ont été refusés par les refuges français faute de place. Les délais d’adoption s’établissent à 8 mois en moyenne pour les chiens. Plus préoccupant encore : selon la SPA, les adoptions de chiens ont chuté de 6,4% en 2024 vs 2023, une baisse attribuée au contexte économique difficile.​

Les chiens continuent d’arriver d’Espagne, mais les foyers français ne suivent plus au même rythme. Les places en refuge et en famille d’accueil sont complètes. C’est le « bouchon » : le flux entrant reste constant, mais le flux sortant se tarit. Résultat : une accumulation de lévriers en attente, dont certains restent bloqués plusieurs mois, voire des années.

En parallèle, une autre réalité émerge : celle du Whippet, qui occupe une place radicalement différente. Selon la Société Centrale Canine, le Whippet compte 1 502 chiots inscrits au LOF en 2024, contre 1 641 en 2023. Le groupe X (Lévriers) dans son ensemble enregistre 2 476 inscriptions en 2024, en baisse de 9% vs 2023.​

Pourquoi relever cela ? Parce que cette situation révèle une dissociation involontaire : le grand public, séduit par l’esthétique et l’élégance du lévrier, se tourne vers l’achat d’un chiot Whippet, perçut comme rassurant, plutôt que vers l’adoption d’un Galgo adulte qui porte souvent les cicatrices de la maltraitance. Le désir de « lévrier compagnon » est satisfait par l’élevage. Pendant ce temps, les « grands frères » espagnols restent sur le carreau.

C’est un paradoxe cruel : jamais autant de gens n’ont apprécié le lévrier comme compagnon de vie. Mais jamais autant de lévriers rescapés n’ont manqué de foyers.

Les avancées législatives dessinent le futur, mais les refuges gèrent le présent.

Le Greyhound Protection Act (H.R. 5017), introduit au Congrès en août 2025, vise à interdire la course commerciale de lévriers et plusieurs pratiques associées. C’est une promesse pour les générations futures de lévriers aux Etats-Unis.

Mais pour celui qui attend aujourd’hui dans une perrera espagnole (centre d’hébergement pour animaux abandonnés) ou dans une structure d’accueil française, cette loi ne remplit pas la gamelle.

En 2026, la victoire politique existe bel et bien. Mais elle ne doit pas devenir un arbre qui cache la forêt : 38 000 animaux refusés, 17 000 sans solution immédiate, des délais d’adoption qui s’allongent.​

Si ce paradoxe vous révolte, sachez que l’action est à la portée de profils très différents :

  • Devenir famille d’accueil. Lévriers Sans Frontières, par exemple, fonctionne avec 30 familles d’accueil qui permettent la fluidité du sauvetage. Même sans adopter « pour la vie », offrir un foyer temporaire débloque la chaîne et sauve une vie immédiatement.​
  • Déconstruire les préjugés. Non, un Galgo n’est pas forcément un chien « cassé ». La résilience de ces animaux est légendaire. Beaucoup s’adaptent à la vie de famille aussi rapidement qu’un Whippet de canapé, dès lors qu’ils sont accompagnés avec calme et cohérence.
  • Parrainer. Si l’adoption n’est pas possible, les dons réguliers financent les soins urgents (souvent lourds à l’arrivée d’Espagne) et libèrent des budgets associatifs.
  • Relayer. Partager les profils des chiens en attente d’adoption et diffuser les messages pédagogiques sur les besoins réels des lévriers : cela réduit les abandons post-adoption et crée un effet de réseau.

En 2026, réjouissons-nous des lois qui passent. Les textes se durcissent, les modèles économiques évoluent, la sensibilité du public progresse

Mais n’oublions pas ceci : une loi ne promène pas un chien, et un décret ne donne pas de caresses. La victoire politique est belle, mais la victoire humaine, celle de l’adoption, reste entièrement à construire. Et elle dépend de vous, de nous.


Laura Ilhe
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