Et si la protection des animaux sauvages ne relevait pas uniquement de la sensibilisation ou de la réglementation, mais aussi d’un travail scientifique patient, rigoureux et appliqué au terrain ? En Argonne Ardennaise, dans les Ardennes, la biodiversité n’est pas un slogan. C’est un axe structurant de l’action publique.
Depuis plus de vingt-cinq ans, la Communauté de communes de l’Argonne Ardennaise a fait le choix singulier d’ancrer la recherche scientifique au cœur de son territoire pour mieux comprendre, et surtout mieux protéger, la faune et les milieux naturels.
Comprendre les animaux pour mieux les préserver
À Boult-aux-Bois, le CERFE (Centre de Recherche et de Formation en Éco-éthologie), créé en 1999 par la collectivité, observe le comportement des animaux sauvages directement dans leur environnement.
Des cerfs, chevreuils et sangliers équipés de balises GPS permettent de cartographier précisément leurs déplacements. Ces suivis révèlent les obstacles invisibles qui fragmentent leurs habitats : routes, infrastructures, zones agricoles intensifiées.
Les données ont notamment montré que l’autoroute A34 constitue une barrière majeure pour les grands mammifères. Ce constat scientifique a conduit à envisager la création d’un écopont à Neuvizy, afin de restaurer une continuité écologique essentielle aux échanges entre populations animales.
La recherche ne se limite pas à observer : elle éclaire et oriente l’aménagement du territoire.
Réduire les risques, protéger les espèces
La biodiversité se joue aussi dans des détails souvent méconnus. Le long du canal des Ardennes, des animaux sauvages chutent parfois dans l’eau sans possibilité de remonter les berges abruptes.
Grâce au projet KISNOIE, soutenu par le territoire et enrichi par les signalements des habitants, 65 points de noyade ont été identifiés. Des aménagements ont ensuite été installés pour permettre aux animaux de regagner la rive. Une action discrète, mais déterminante pour limiter une mortalité évitable.
Autre enjeu : la protection du sonneur à ventre jaune, petit crapaud menacé et indicateur précieux de la qualité des milieux humides. Son suivi s’inscrit dans la Zone Atelier Rurale Argonne (ZARG), un vaste territoire d’étude de 3 000 km² reconnu par le CNRS.
En 2025, les travaux menés sur cette espèce ont obtenu le label SEE LIFE, récompensant un suivi scientifique de long terme. Cette reconnaissance souligne la cohérence d’une démarche engagée sur plusieurs décennies.
Un laboratoire à ciel ouvert
Forêts, plaines agricoles, zones humides, villages et infrastructures composent la ZARG, véritable laboratoire à ciel ouvert. Les chercheurs y analysent les interactions entre activités humaines et écosystèmes : agriculture, urbanisation, routes, changement climatique.
Des technologies innovantes, comme le réseau LORA, permettent d’enregistrer à distance chants d’oiseaux et déplacements d’animaux, sans perturber leur comportement. Observer sans déranger devient un principe central.
La participation des habitants renforce encore cette dynamique. Via des QR codes et des plateformes numériques, ils signalent la présence d’espèces ou des situations à risque. La science se nourrit ainsi d’une vigilance collective.
Une collectivité engagée
Ce qui distingue l’Argonne Ardennaise, c’est l’engagement constant de sa Communauté de communes. Les données scientifiques produites ne restent pas théoriques : elles orientent concrètement les décisions publiques.
Intégration de la Trame verte et bleue dans les documents d’urbanisme, préservation des zones Natura 2000 comme le marais de Germont, évaluation de l’impact de certaines pratiques agricoles ou recherche de solutions face aux cyanobactéries : la biodiversité est prise en compte à chaque étape du développement territorial.
La faune sauvage, les milieux humides et les corridors écologiques deviennent ainsi des paramètres à part entière des politiques locales.
Dans un contexte d’érosion accélérée du vivant, l’Argonne Ardennaise démontre qu’une collectivité rurale peut faire de la science un levier d’action concret. Ici, la recherche n’est pas dissociée du terrain. Elle agit, éclaire et transforme.
Crédit photo : ©ActionDrones




