Culture contemporaineActualitésRegarder autrement le monde animal

Vincent Girault3 octobre 20263 min

Passionné par les animaux depuis toujours, c’est assez naturellement que j’ai fini par me mettre à les photographier. Mais immortaliser ces instants n’avait finalement pas beaucoup de sens sans les partager. Alors, récemment, j’ai osé me lancer sur certains réseaux sociaux.

Je ne suis sans doute pas le meilleur technicien et je n’ai pas non plus le matériel des grands photographes mais ce qui m’importe avant tout, c’est de provoquer des émotions chez celles et ceux qui regardent mes photos. Chaque cliché est pour moi un moment d’évasion. Le monde animal, sauvage comme domestique, m’apporte de la sérénité et du bonheur. C’est aussi un univers dans lequel ma sensibilité peut pleinement s’exprimer.

Être dans la nature, prendre le temps d’observer et d’écouter ce qui m’entoure, est nécessaire à mon équilibre. Ces moments me permettent de me retrouver, de ralentir et d’être en paix.

Lorsque je prends une photo ou que je la partage, je suis évidemment admiratif devant le sujet, mais je pense aussi aux dangers auxquels il est exposé, dont beaucoup sont directement ou indirectement liés aux activités humaines. La beauté d’une image ne doit pas faire oublier une réalité beaucoup plus sombre.

Les atteintes portées aux animaux sont bien réelles. Elles peuvent être cruelles, parfois injustifiées, et leurs conséquences sont considérables. Prenez le temps de considérer le nombre d’animaux qui disparaissent chaque année, que ce soit à des fins alimentaires ou pour bien d’autres raisons : réchauffement climatique, chasse, braconnage, agriculture industrielle, fragmentation des milieux, loisirs parfois justifiés au nom du droit coutumier, expérimentation, recherche de visibilité sur les réseaux sociaux, exploitation à des fins lucratives, trafic en tout genre…

Les chiffres sont vertigineux, parfois presque irréels. Derrière eux, ce sont pourtant des êtres vivants, des espèces et des équilibres naturels qui disparaissent.

Certaines personnes pourraient me dire que je ferais mieux de me préoccuper des humains, dont beaucoup sont eux aussi victimes de leurs semblables, plutôt que de m’inquiéter du sort des animaux. Mais je crois que notre sensibilité ne choisit pas son orientation. Elle ne nous demande pas de hiérarchiser les causes qui méritent notre attention. Et elle peut tout aussi bien s’étendre à l’ensemble du vivant. Une sensibilité pour une cause n’en exclut pas une autre pour autant, bien au contraire.

Certains restent attachés à de vieux clichés, notamment hérités de Descartes, qui considérait les animaux comme dépourvus de raison, de pensée et de conscience. J’entends encore parfois cette façon de penser. Pourtant, ces dernières années, la science a considérablement fait évoluer notre connaissance du monde animal. Les capacités cognitives de nombreuses espèces sont aujourd’hui mieux reconnues : utilisation d’outils, mémoire, apprentissage, communication, conscience de soi et des autres. Le terme « culture » et surtout ce qu’il représente peut même leur être associé.

Je ne veux surtout pas paraître moralisateur. Je pense que c’est à chacun de prendre un peu de recul sur sa propre relation au vivant, et je m’inclus évidemment dans cette réflexion.

Si vous êtes émerveillés devant la noblesse, la beauté ou la fragilité de certains animaux, peut-être pourriez-vous aussi regarder différemment ceux que nous considérons comme insignifiants, dérangeants ou que nous ignorons. Avant d’écraser une araignée, de chasser une guêpe ou une abeille, prenons quelques secondes pour nous poser ces questions : en quoi me dérange-t-elle ? Quel est son rôle dans le monde naturel ? Que représente-t-elle dans cet équilibre dont nous faisons nous-mêmes partie ? C’est tout simplement s’interroger sur sa relation au vivant dans sa vie de tous les jours.

Je suis conscient que mes photos et ces quelques mots ne révolutionneront pas le monde. Mais j’ose espérer qu’ils pourront toucher certaines et certains d’entre vous, susciter une réflexion ou simplement donner envie de regarder le monde animal avec un peu plus de curiosité, de considération et de bienveillance.

Parce qu’au-delà de la photographie, c’est peut-être cela que j’aimerais partager : l’envie de regarder autrement ce qui nous entoure, de mieux comprendre le vivant et, pourquoi pas, de lui accorder un peu plus de place dans nos vies.


Vincent Girault
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