Numéro 23Animaux domestiquesAdopter un chiot : avant le coup de cœur, les conseils vétérinaires

Clémence Bergia15 avril 20265 min

Il est parfois difficile de résister au charme d’un chiot… Pourtant, derrière le coup de cœur se cache une décision qui engage pour de nombreuses années. Adopter un chien ne se résume pas à choisir le plus craquant de la portée : cela suppose du temps, de l’argent, un environnement adapté et une vraie réflexion en amont. Du choix de la race aux obligations légales, en passant par l’âge idéal, voici les points essentiels à connaître avant de se lancer.

Avant toute chose, il faut savoir que les vétérinaires sont disponibles pour répondre aux interrogations des futurs propriétaires. On a l’habitude de se renseigner en ligne, où l’on peut trouver des informations contradictoires ou inappropriées, mais les vétérinaires peuvent vous fournir des conseils fiables et personnalisés. Il ne faut donc pas hésiter à prendre contact avec un professionnel pour une consultation, même sans animal, afin qu’il puisse vous accompagner et vous guider dans l’adoption de votre futur compagnon.

Il est parfois difficile de ne pas craquer devant les chiots des races populaires que l’on voit partout… Je ne fais sûrement que le répéter, mais toutes les races ne sont pas adaptées à tout le monde. Chacune possède ses particularités et il est essentiel, avant de faire son choix, de vérifier qu’elles correspondent à votre mode de vie. Plusieurs critères doivent être pris en compte : la taille et le poids à l’âge adulte, le besoin d’exercice physique et le tempérament général de la race.

Certaines races sont particulièrement dynamiques et demandent un niveau d’activité physique plus élevé que d’autres. Il faut donc s’assurer de disposer du temps nécessaire à lui consacrer, voire d’avoir des activités à lui proposer : certains chiens seront ravis de vous accompagner lors de vos joggings matinaux ou de vos randonnées une fois adulte. Dans tous les cas, un jardin, bien qu’il soit grand, ne suffit pas à l’épanouissement d’un chien qui aura besoin de balades quotidiennes dans des endroits variés. Bien que chaque animal soit unique, des tendances générales de tempérament se dessinent également selon la race : facilité d’éducation, indépendance… Certaines seront ainsi plus adaptées que d’autres pour un premier chien par exemple. Le gabarit de la race a quant à lui un impact sur le budget à prévoir. Un chien de grand format entraînera des dépenses plus importantes, notamment pour l’alimentation, mais également pour certains frais vétérinaires dépendant du poids (traitements antiparasitaires, médicaments, anesthésie…).

Enfin, il est important de se renseigner sur les éventuelles particularités de santé propres à la race. Certaines présentent des prédispositions à des pathologies ou à des maladies héréditaires. Chez le Cavalier King Charles, par exemple, une affection cardiaque héréditaire est courante. Les Bouledogues français et les autres races au « museau plat » présentent quant à eux une prédisposition aux troubles respiratoires et digestifs.

Entre environ 3 à 12 semaines d’âge, le chiot traverse une période clé appelée période de socialisation. Durant cette phase, il apprend à découvrir le monde : personnes de tout âge, animaux de différentes espèces, bruits variés, nouveaux lieux ou objets… Ces expériences sont essentielles pour l’aider à devenir un chien équilibré et moins craintif face à la nouveauté. C’est pourquoi le lieu d’adoption est important : il a été montré que les chiots grandissant dans des environnements peu stimulants où ces expériences sont insuffisantes (chenil extérieur, garage, grange…) sont plus susceptibles de développer des problèmes de comportement à l’âge adulte1. Il est donc essentiel de vérifier les conditions de vie dans le lieu d’adoption. Les professionnels (éleveurs, refuges…) sont généralement plus sensibilisés à l’importance de cette socialisation et proposent des stimulations variées aux chiots.

Lorsque cela est possible, rencontrer les parents du chiot peut apporter de nombreuses informations. Cela permet entre autres d’observer leur comportement et leur caractère, ce qui peut se révéler très important car certains traits, comme l’anxiété ou la peur, semblent être héréditaires. Une étude a mis en évidence que les propriétaires qui n’avaient vu aucun des parents lors de l’adoption seraient 4 fois plus susceptibles d’être référés à un spécialiste pour un problème de comportement pendant la vie de leur chien2 ! Il est également plus facile de se faire une idée de la taille qu’aura le chiot à l’âge adulte en fonction de celle des parents. S’ils sont disponibles, il est possible de demander à consulter les dossiers médicaux des parents, afin notamment de connaître leur statut vis-à-vis des maladies héréditaires et des prédispositions de la race. Pour de nombreuses pathologies, des tests de dépistages ou des examens complémentaires peuvent être réalisés afin d’exclure de la reproduction les animaux porteurs.

’âge légal d’adoption est fixé à 8 semaines. À cet âge, le chiot se trouve encore en pleine période de socialisation. Il est ainsi plus facile pour lui de s’adapter à un nouveau foyer. Une séparation trop précoce avec sa mère et sa fratrie peut avoir des répercussions importantes sur son comportement. Des études montrent que les chiots séparés de leur mère avant 8 semaines présentent un risque plus élevé de développer des peurs et de l’anxiété sociale à l’âge adulte, accompagnées de comportements indésirables comme une sensibilité excessive aux bruits ou desaboiements fréquents3. A l’inverse, une séparation plus tardive réduit ces risques.

Les obligations légales lors de l’adoption

Lors de l’adoption, qu’il s’agisse d’une vente ou d’un don, le chiot doit être identifié et accompagné d’un certificat de bonne santé établi par un vétérinaire. Le futur propriétaire doit obligatoirement signer un certificat d’engagement et de connaissances au moins 7 jours avant l’adoption. Ce dernier ne peut être délivré que par une personne détentrice d’un diplôme ou de l’ACACED, comme un vétérinaire, un éleveur ou un responsable de refuge.

Une adoption bien préparée est le premier pas vers une belle relation. Vous avez désormais toutes les clés pour bien démarrer cette nouvelle aventure !

1APPLEBY, D. L., BRADSHAW, J. W. S. et CASEY, R. A., 2002. Relationship between aggressive and avoidance behaviour by dogs and their experience in the first six months of life. Veterinary Record. avril 2002. Vol. 150, n° 14, pp. 434‑438. DOI 10.1136/vr.150.14.434.

2WESTGARTH, C., REEVELL, K. et BARCLAY, R., 2012. Association between prospective owner viewing of the parents of a puppy and later referral for behavioural problems. Veterinary Record. 2012. Vol. 170, n° 20, pp. 517‑517. DOI 10.1136/vr.100138.

3PIERANTONI, Ludovica, ALBERTINI, Mariangela et PIRRONE, Federica, 2011. Prevalence of owner-reported behaviours in dogs separated from the litter at two different ages. The Veterinary record. 24 août 2011. Vol. 169, pp. 468. DOI 10.1136/vr.d4967.


Clémence Bergia
Autres articles

Docteure vétérinaire

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.