Numéro 22SolidaritéVols de chiens : quand la réalité du terrain révèle l’urgence d’une évolution juridique

Nathalie Loïko15 janvier 20266 min

En France, près de 9,9 millions de chiens partagent le quotidien des familles (Source ICad)[1]. Compagnons de vie, soutiens affectifs, repères émotionnels, ils occupent une place centrale dans nos foyers. Pourtant, chaque année, des chiens sont victimes de vols, plongeant leurs familles dans une détresse profonde, souvent accentuée par un sentiment d’impuissance.

L’association WAF accompagne quotidiennement des familles dont le chien a été volé. Cette expérience de terrain permet d’observer, au-delà des textes, les conséquences très concrètes du cadre juridique actuel et les difficultés rencontrées lorsqu’il s’agit de retrouver un animal disparu.

Dans un précédant article pour Savoir Animal[2], Maître Estelle Derrien analyse les limites du droit pénal en matière de vol de chiens, rappelant notamment que ces faits sont qualifiés comme des vols simples, malgré la reconnaissance de l’animal comme être vivant doué de sensibilité par le droit.

Sur le terrain, cette qualification n’est pas neutre. Elle influence directement la manière dont les faits sont perçus, la priorité qui leur est accordée et les moyens mobilisés pour tenter de retrouver l’animal.

Dans le cadre de son accompagnement, l’association WAF est régulièrement confrontée à des situations similaires :

  • des familles rencontrant des difficultés pour déposer plainte
  • des plaintes rapidement classées sans suite
  • l’absence d’enquête immédiate (ou même d’enquête), malgré des éléments exploitables dès les premières heures

Ces situations se traduisent pas un manque d’engagement individuel, mais les limites d’un cadre qui ne reconnaît pas encore pleinement la spécificité du vol d’un animal, être vivant doué de sensibilité[3].

Lorsqu’un chien est volé, le temps est un facteur déterminant. Contrairement à un vol de bien matériel, il s’agit de retrouver un être vivant, pouvant être en danger, susceptible d’être déplacé rapidement, revendu, dissimulé ou exploité. Dans ce contexte, les premières heures sont cruciales et déterminantes pour augmenter les chances de retrouver l’animal.

Or, dans de nombreuses affaires accompagnées par l’association, tel n’est pas le cas. Il existe pourtant souvent des pistes immédiatement exploitables : témoignages, déplacements observés, et surtout vidéosurveillance. La réquisition rapide de ces images n’est cependant pas systématique, alors même qu’elle peut s’avérer décisive.

Cette urgence d’agir vite pour retrouver l’animal qui se retrouve dans une situation stressante, voire de maltraitance, est en parfaite cohérence avec le lien qui unit les Français à leurs chiens. Une enquête Ipsos commandée par l’association WAF en mai 2025 met en évidence une réalité sans ambiguïté :

  • 88 % considèrent ces faits comme équivalents à la disparition d’un membre de la famille ;
  • 86 % se déclarent favorables à une requalification du vol de chien en vol aggravé.

Ces chiffres traduisent une évolution claire des mentalités, à laquelle le droit peine encore à s’adapter pleinement.

Si le droit admet l’existence d’un préjudice moral pour les membres d’une famille victimes de la disparition de leur animal, en revanche la souffrance propre de ce dernier n’est pas prise en compte dans la qualification du vol.

Or sur le terrain l’association WAF est confrontée à des situations particulièrement marquantes. Elle accompagne des familles dont le chien est quelquefois retrouvé dépucé, parfois après plusieurs jours, semaines, voire mois de captivité. Ces animaux sont souvent totalement effrayés, profondément désorientés, et présentent durablement des troubles du comportement : anxiété, hypervigilance, peur de l’humain, troubles de l’attachement, réactions de panique.

Ces situations illustrent que le vol d’un chien ne se limite pas à une atteinte patrimoniale ou au seul préjudice moral des familles. Il peut entraîner de véritables séquelles psychologiques chez l’animal lui-même, conséquences pourtant encore largement absentes de l’appréhension juridique actuelle de ces faits.

Ces constats ont récemment été portés à l’Assemblée nationale lors d’une audition de l’association WAF, aux côtés de la Fondation Brigitte Bardot[4]. L’objectif était de partager une réalité vécue par de nombreuses familles : celle d’un décalage entre la reconnaissance de la sensibilité animale et le traitement pénal effectif des vols de chiens.

Ces échanges ont permis d’aborder plusieurs pistes de réflexion, notamment la nécessité d’une meilleure cohérence entre le droit et la réalité du terrain, ainsi que l’importance de faciliter certains actes d’enquête dès les premières heures qui suivent un vol.

Reconnaître que le vol d’un chien n’est pas un vol comme un autre, c’est avant tout reconnaître l’urgence liée à la disparition d’un être vivant. Faciliter l’engagement rapide de certains actes d’enquête et adapter le cadre juridique existant pourraient offrir aux animaux volés de meilleures chances d’être retrouvés et aux familles un accompagnement plus adapté.

L’expérience de terrain des associations, combinée à l’analyse juridique déjà développée dans les pages de Savoir Animal, met en lumière un même constat : une évolution du cadre juridique apparaît aujourd’hui nécessaire pour mieux protéger les animaux susceptibles d’être victimes de vol et ceux qui les considèrent comme des membres à part entière de leur famille.


[1] i-cad.fr/articles/plus-de-la-moitie-des-fran%C3%A7ais-possede-un-chien-ou-un-chat

« La France compte ainsi en 2024 ,16,6 millions de chats, 9,9 millions de chien, 3,7 millions de petits mammifères, 8,9 millions d’oiseaux de basse-cour, 2,5 millions d’animaux de terrarium et 29,8 millions de poissons. »

[2] Article du 15 avril 2025 intitulé « Vols de chiens : vers une circonstance aggravante ? » : savoir-animal.fr/vols-chiens-circonstance-aggravante/

Voir également l’article du 17 octobre 2022 « vols de chiens : agissez vite et bien » : savoir-animal.fr/vols-chiens-agissez-vite-bien

[3] Article L.214-1 du Code rural et de la pêche maritime : « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. »

Article 515-14 du Code civil : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens. »

[4] facebook.com/share/p/1C5F57EnGr


Nathalie Loïko
Site Web |  Autres articles

Fondatrice de l'association Waf

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.