L’élevage intensif n’évoque pas vraiment l’espoir. Pour des milliards d’animaux, il signifie une existence entière passée dans des conditions invivables, que quelques images arrachées par des enquêteurs ont gravé dans les esprits. Pire, à l’échelle mondiale, cette industrie continue de croître. Face à elle, la protection des animaux d’élevage semble disposer de moyens dérisoires : littéralement dix mille fois moins de ressources financières, presque aucun soutien public, et une attention médiatique limitée.
Et pourtant, ces dix dernières années ont vu des avancées majeures. Dans plusieurs pays européens, les cages pour les poules pondeuses ont été interdites. Outre-Atlantique, des États ont engagé la fin des cages de gestation, dans lesquelles les truies ne pouvaient même pas se retourner. Pour certaines espèces longtemps exclues de toute considération, l’étourdissement avant abattage devient la norme.
Ces changements ne sont pas tombés du ciel : ce sont le résultat direct de campagnes ciblées. Elles ont été menées avec rigueur par des organisations qui ont appris à utiliser des ressources très limitées avec une efficacité qui force l’admiration.
Les donateurs : des héros sans cape
La protection des animaux d’élevage est une cause oubliée. Comparée aux budgets que certains philanthropes peuvent consacrer à la culture, à l’enseignement supérieur ou même aux enjeux environnementaux, elle reçoit très peu de dons. Cette réalité est dramatique pour les animaux concernés. Cependant, elle donne aussi un pouvoir inhabituel à chaque donateur.
Malgré l’absence de mécènes fortunés, une grande partie des progrès récents a été rendue possible par des personnes sans engagement direct dans des ONG, mais qui ont choisi de soutenir financièrement des organisations efficaces. Parfois via un engagement à donner une partie fixe de leur revenu, parfois simplement par un don mensuel. Pour une cause aussi peu financée, ces contributions ont un effet de levier considérable.
« Mes dons peuvent améliorer les conditions d’élevage de centaines d’animaux. Donner efficacement m’a offert une action tangible, dont je peux être sûr qu’elle me permet d’avoir un impact extraordinaire. » – Romain Barbe, Fondateur et directeur de Mieux Donner
Un choix qui change des vies
Ce qui surprend parfois, c’est que le choix de l’organisation compte davantage que le montant. Certaines associations obtiennent régulièrement des victoires structurelles, améliorant les conditions de vie de millions d’animaux chaque année, et pourraient aller beaucoup plus loin avec davantage de moyens. D’autres approches, tout aussi sincères, ont un impact plus limité. S’informer avant de donner permet d’amplifier son impact sans dépenser un euro de plus.
Heureusement, des évaluateurs indépendants existent pour éclairer ces choix. Depuis 2012, Animal Charity Evaluators analyse les actions d’organisations de protection animale et identifie celles dont l’impact est le plus élevé par euro dépensé. Leurs estimations suggèrent que, pour certaines campagnes, quelques dizaines d’euros peuvent suffire à améliorer les conditions d’élevage de plusieurs centaines d’animaux, leur évitant les pires souffrances. Par exemple, selon leurs analyses, un don de 10 € à The Humane League permettrait à environ cent vingt poules d’éviter une vie en cage. Concrètement, cela signifie que tous ces individus sensibles pourront marcher, déployer leurs ailes, gratter le sol, et exprimer des comportements essentiels qui leur seraient interdits en cage.
Aider un animal dès aujourd’hui
Pour les personnes qui souhaitent s’orienter, des associations comme Mieux Donner proposent un accompagnement personnalisé pour identifier les dons les plus efficaces en faveur des animaux d’élevage. Animal Charity Evaluators met également à disposition des recommandations détaillées et accessibles.
Soutenir financièrement des associations qui transforment la vie des animaux n’est pas réservé à une minorité. Chacun peut contribuer, à son échelle, à ces avancées. Ce n’est pas non plus un acte purement individuel : soutenir certaines organisations, et en parler autour de soi, peut influencer les normes sociales et contribuer à un monde meilleur pour tous les animaux.

Joseph Ancion
Coordinateur de projets en protection animale



