Numéro 22SantéNi acharnement ni renoncement : la place de la gériatrie vétérinaire aujourd’hui

Eliane Ranedo Desmond15 janvier 20265 min

Quand Beltxa, labrador de 12 ans, arrive en consultation à la clinique vétérinaire, elle ne se précipite plus vers la porte du cabinet, même si les friandises continuent de la motiver autant qu’avant. Elle a du mal à se lever, glisse légèrement de l’arrière-train, prend plus de temps pour s’asseoir.

Dans la salle d’attente, certains murmurent : « la pauvre ».

Pourtant, vieillir ne signifie pas simplement ralentir. Le mot “vieux” n’a rien d’un jugement : c’est un état physiologique.

Chez les animaux comme chez les humains, l’âge avancé s’accompagne de changements progressifs : le métabolisme ralentit, les organes s’usent, les capacités sensorielles diminuent, et certains troubles apparaissent plus facilement. Un animal ne devient pas vieux du jour au lendemain. Il entre, souvent discrètement, dans une phase de vie où ses besoins évoluent et où l’accompagnement devient essentiel.

C’est précisément là que la gériatrie vétérinaire prend tout son sens.

Les animaux vivent plus longtemps qu’il y a vingt ou trente ans. Plusieurs raisons à cela :

  • Une meilleure alimentation et hygiène de vie, souvent plus proches des standards humains.
  • Des soins préventifs plus complets : vaccins, antiparasitaires, bilans réguliers.
  • Une relation animal-humain qui a profondément changé : pour beaucoup de familles, l’animal est un membre à part entière, parfois un “enfant” affectif.
  • Des outils diagnostiques très performants, permettant de détecter tôt beaucoup de maladies.

Comme chez l’humain, l’allongement de l’espérance de vie s’accompagne d’une augmentation des maladies chroniques : arthrose, insuffisance cardiaque, hépatique, troubles cognitifs, etc.

Autant de situations qui nécessitent une approche spécifique, globale et individualisée.

La médecine vétérinaire moderne dispose aujourd’hui d’outils extrêmement performants : imagerie avancée, chirurgies de pointe, traitements innovants. Cette technicité est une chance pour nos compagnons à quatre pattes, mais elle ne doit pas occulter un élément fondamental : l’humain qui accompagne l’animal.

Vivre avec un animal âgé, parfois dépendant, peut être source de fatigue, d’inquiétude et de charge émotionnelle. Le propriétaire devient souvent un véritable aidant, confronté à des choix difficiles et à une organisation du quotidien parfois lourde. Reconnaître ce fardeau de l’aidant est essentiel.

En consultation, l’écoute est primordiale. Écouter pourquoi le propriétaire consulte, ce qu’il vit, ce qu’il redoute, ce qu’il attend. À trop vouloir bien faire sur le plan médical, le risque est de passer à côté du motif réel de la consultation.

Face à un animal âgé présentant des troubles locomoteurs ou un handicap, la réaction spontanée est souvent la compassion : « le pauvre ». Pourtant, ce n’est pas l’âge qui rend malheureux, mais la douleur, l’inconfort et la perte d’autonomie non accompagnée. Lorsqu’elle est bien prise en charge, la douleur peut être contrôlée, l’environnement adapté et l’animal peut rester heureux, présent et interactif. En médecine vétérinaire, la priorité est donnée à la qualité de vie plutôt qu’à sa simple prolongation. Cette approche éthique implique parfois d’accepter qu’un moment arrive où, malgré tous les soins, la vie devient inconfortable. Les vétérinaires sont alors formés pour accompagner les familles, s’appuyer sur des outils d’évaluation de la qualité de vie et aider à prendre une décision juste, sans acharnement thérapeutique.

Face à ces enjeux, la gériatrie vétérinaire ne peut plus être improvisée. Elle nécessite du temps, des outils adaptés et une approche structurée. C’est dans ce contexte qu’est née Geriavet, une initiative dédiée à l’accompagnement des cliniques vétérinaires dans la mise en place de consultations de gériatrie structurées.

Geriavet propose une approche globale, centrée à la fois sur l’animal âgé et sur l’humain qui l’accompagne. L’objectif est d’aider les équipes vétérinaires à :

  • structurer des consultations dédiées aux animaux seniors ;
  • utiliser des outils d’évaluation adaptés à la gériatrie ;
  • améliorer la communication avec les propriétaires ;
  • intégrer la notion de qualité de vie au cœur de la prise en charge.

En redonnant du temps à l’écoute et en structurant les parcours de soins, la gériatrie vétérinaire devient une véritable valeur ajoutée pour les cliniques, tout en apportant un bénéfice réel aux animaux et à leurs familles.

La gériatrie vétérinaire n’est pas une mode : c’est une réponse à une réalité démographique et sociale. Les animaux vivent plus longtemps, la relation avec eux est plus forte, et les familles demandent aujourd’hui une prise en charge globale, empathique et moderne.
Prendre soin de l’animal âgé, c’est aussi prendre soin de la personne qui l’accompagne.

La gériatrie n’est pas une médecine du renoncement, mais une médecine de l’accompagnement,  alliance entre médecine, écoute et humanité.


Eliane Ranedo Desmond
Autres articles

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.