Quand une catastrophe liée aux aléas naturels, aux événement climatiques extrêmes ou aux conflits armés survient, tout va très vite. Les plans d’urgence s’activent, les secours se déploient, les priorités s’imposent. L’attention se porte légitimement sur les populations humaines. Et presque systématiquement, les animaux – de compagnie, d’élevage ou sauvages – disparaissent du champ des décisions. Ils deviennent, par milliers, des dommages collatéraux, des enjeux secondaires, quand ils ne sont pas totalement oubliés. Leur souffrance et leur vulnérabilité restent invisibles.
Pourtant, près de trente ans d’actions de terrain m’ont appris une chose : ignorer les animaux dans les crises fragilise les communautés humaines et les territoires.
Voir ce que d’autres ne regardent pas
Mon parcours m’a menée très tôt au cœur de territoires où la crise n’est pas une exception, mais un état latent, une réalité quotidienne. Formée sur le terrain, au plus près du vivant, j’ai été la première étudiante occidentale admise à l’École de formation des spécialistes de la faune de Garoua, dans le nord du Cameroun. Là, au cœur de la savane et de la forêt équatoriale, au contact d’espèces emblématiques, des éléphants aux gorilles, j’ai appris que la protection animale ne pouvait pas être dissociée des enjeux humains, politiques et environnementaux.

Ainsi, relocaliser des éléphants menacés d’abattage car entrés en conflit avec les populations en Côte d’Ivoire, participer à des opérations de lutte anti-braconnage en Afrique centrale ou réhabiliter un éléphanteau orphelin au Burkina Faso, ce n’est pas seulement sauver des animaux. C’est aussi gérer des conflits d’usage, des tensions sociales, des urgences sécuritaires.
Les animaux, angle mort de la gestion de crise
Par la suite, à des fonctions de direction au sein de programmes internationaux, notamment chez IFAW, j’ai été confrontée à une réalité inverse : dans les dispositifs humanitaires et de gestion de crise les plus structurés, l’animal est rarement intégré comme un acteur à part entière. Pourtant, sur le terrain, la séparation homme-animal est artificielle. Les animaux conditionnent l’évacuation des familles, la reprise économique, la sécurité sanitaire et/ou alimentaire, la stabilité émotionnelle des populations, et la résilience des écosystèmes.
Cette réalité s’est imposée avec une acuité particulière lors d’opérations d’urgence menées en contexte de catastrophes et de conflits en Europe, notamment en Grèce ou en Ukraine. Animaux de compagnie abandonnés ou perdus et jamais retrouvés faute de solutions, élevages décimés, faune sauvage piégée dans des zones sinistrées…

À chaque crise, le même constat s’impose : nous continuons à improviser ce qui devrait être anticipé.
Anticiper plutôt que réparer : la naissance de Planimalia consulting
De ces expériences, sur plusieurs continents et dans des contextes de crise très différents, est née une conviction profonde : s’il est indéniable que l’on sauve des vies animales et humaines lors d’une catastrophe, il s’avère qu’on en protège davantage lorsqu’on agit avant.
Trop souvent, lorsqu’il s’agit des animaux, les décisions se prennent dans l’urgence, quand la catastrophe est déjà là. Mais la résilience des animaux ne se construit pas dans l’urgence : elle se construit en amont, grâce à des stratégies pensées, des outils adaptés, des collaborations solides entre les différents acteurs.
C’est pourquoi, en 2025, j’ai fondé Planimalia consulting, le premier cabinet européen de conseil et d’expertise dédié à la prise en compte des animaux dans les plans et pratiques de prévention et de préparation aux crises.
Notre mission est claire : préserver les vies animales exposées aux catastrophes, en accompagnant les acteurs publics, privés et associatifs – professionnels du secteur de la gestion de crise et de la protection animale – ainsi que les propriétaires d’animaux, dans la conception et la mise en œuvre de stratégies de protection adaptées et l’adoption de bonnes pratiques.
Planimalia consulting intervient en appui stratégique, en diagnostic des dispositifs existants, en accompagnement à la gestion de crise et en formation.
Changer de paradigme pour une gestion de crise inclusive et responsable
Sur un continent qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, les catastrophes, notamment climatiques, sont appelées à se multiplier et à s’intensifier. Les animaux traversent les crises à nos côtés et sont, eux aussi, fortement impactés.
Face à cela, nous avons le choix : continuer à subir et réparer, ou anticiper et transformer nos modèles afin de développer une gestion de crise qui inclut tous les vivants.
Planifier la protection des animaux et leur bien-être avant que la catastrophe ne frappe, c’est protéger les communautés humaines, les territoires et les équilibres dont nous dépendons tous. Les animaux ne sont pas un angle mort : ils sont une clé de la résilience collective.
Photo : Exercice de simulation – opération de secours animaux en Grèce

Céline Sissler-Bienvenu
Anticiper, Intégrer, Protéger / Conseil opérationnel



